Depuis sa fondation au XIᵉ siècle, Marrakech s’est construite au fil des dynasties, des échanges culturels et des grandes figures qui ont marqué son histoire. Si les récits officiels ont longtemps mis en avant les sultans, les savants ou les conquérants, les femmes ont elles aussi joué un rôle essentiel dans la construction de l’identité de la ville.
Reines influentes, érudites, mystiques ou mécènes, certaines ont participé aux décisions politiques, d’autres ont contribué à la transmission du savoir, à la vie spirituelle ou au rayonnement culturel de la cité. Leur influence, parfois discrète, s’inscrit pourtant profondément dans la mémoire de Marrakech.
À l’occasion du 8 mars – Journée internationale des droits des femmes – My Little Kech revient sur huit figures féminines qui, à travers les siècles, ont contribué à façonner l’histoire et l’identité de la ville ocre.
Zaynab Nefzaouia (1039-1117) est l’une des figures féminines les plus marquantes de l’histoire du Maroc et est souvent considérée comme la véritable fondatrice de Marrakech. Née à Aghmat dans une famille aisée, elle se distingue très tôt par son intelligence et son sens politique. Épouse de Youssef Ibn Tachfin, fondateur de la dynastie almoravide, elle joue un rôle central dans la création de la ville au XIᵉ siècle, en imaginant son emplacement et son organisation alors que le souverain est en campagne militaire. Conseillère influente, elle participe également aux décisions politiques qui permettent l’expansion de l’empire almoravide à travers le Maghreb et l’Andalousie. On lui attribue aussi les premiers plans de Marrakech. Son influence dépasse le cadre du pouvoir, son exemple contribue aussi à renforcer la place des femmes dans la société de l’époque.
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Fannu bint Umar ibn Yintan (morte en avril 1147) est une princesse almoravide associée à l’un des épisodes les plus dramatiques de l’histoire de Marrakech : la chute de la dynastie almoravide face aux Almohades. Fille d’un dignitaire de l’empire, elle grandit dans l’entourage du pouvoir installé dans la ville. Lors du siège de Marrakech par les Almohades en 1147, elle participe à la défense de la citadelle et prend part aux combats. Selon les récits historiques, elle aurait combattu vêtue comme un soldat avant de mourir durant l’assaut. Sa disparition intervient peu avant la prise de la ville par les Almohades, qui marque la fin du pouvoir almoravide à Marrakech.
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Hafsa bint al-Hajj al-Rukuniyya (XIIᵉ siècle) est une poétesse andalouse et l’une des rares voix féminines de la littérature arabe médiévale dont l’œuvre a traversé le temps. Née à Grenade dans une famille érudite, elle reçoit une éducation exceptionnelle qui lui permet de s’imposer dans les cercles intellectuels de l’époque. Son talent poétique lui ouvre les portes de la cour almohade, alors établie à Marrakech, où elle participe à la vie culturelle et littéraire. Ses poèmes, souvent empreints d’audace et de liberté, évoquent l’amour, la passion et l’indépendance d’esprit. Elle demeure aujourd’hui une figure emblématique de la présence féminine dans la tradition littéraire du Maghreb.
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Lalla Aziza Seksawia (XIVᵉ siècle) est évoquée dans la tradition marrakchie comme une femme de savoir et de spiritualité. Issue d’un milieu religieux respecté, elle se distingue par son engagement dans la transmission du savoir et l’accompagnement spirituel. Sa réputation de sagesse attire de nombreuses femmes venues apprendre auprès d’elle ou bénéficier de ses conseils. Dans une société où l’enseignement religieux était majoritairement masculin, elle parvient à se faire reconnaître pour son autorité morale et intellectuelle. Sa mémoire reste attachée à la tradition des femmes savantes qui ont contribué à la vie religieuse de Marrakech.
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Lalla Messaouda al-Ouazguitia (XVIᵉ siècle) est une figure spirituelle respectée, appartenant à la tradition des femmes pieuses qui ont marqué la vie religieuse de Marrakech. Originaire de la région de l’Atlas, elle est connue pour sa grande sagesse et son attachement aux valeurs spirituelles. Les récits transmis dans la tradition locale évoquent une femme dont les conseils étaient recherchés par de nombreux fidèles. Son influence s’inscrit dans l’histoire du soufisme marocain et dans la mémoire populaire de la ville. À travers son héritage spirituel, elle incarne le rôle discret mais essentiel joué par certaines femmes dans la transmission des savoirs religieux.
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Sahaba el-Rehmania (XVIᵉ siècle) est une figure influente de la période saadienne. Mère du sultan Abd al-Malek as-Saadi, elle joue un rôle discret mais déterminant dans les équilibres politiques de son temps. Après plusieurs années d’exil – près de dix-huit ans – elle mène des démarches diplomatiques auprès de la Sublime Porte à Istanbul afin de soutenir le retour de son fils au pouvoir. Son action contribue à la reconquête du trône en 1576 et, deux ans plus tard, au contexte qui mène à la victoire marocaine lors de la bataille d’Oued al-Makhazen en 1578, également connue comme la bataille des Trois Rois.
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Zahra Al-Kush (entre le XVIᵉ et le XVIIᵉ siècle) fait partie des figures féminines associées à la sainteté dans l’histoire de Marrakech. La tradition la décrit comme une femme profondément pieuse, ayant consacré sa vie à la prière et à la méditation. Son mausolée, situé près de la mosquée de la Koutoubia, est devenu au fil du temps un lieu de recueillement pour les habitants. Dans l’imaginaire collectif, elle symbolise la dévotion et la sagesse spirituelle. Sa mémoire rappelle l’importance des figures religieuses féminines dans la culture populaire marrakchie.
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Denise Masson (1901-1994), surnommée « la Dame de Marrakech », est une intellectuelle française qui a profondément marqué la vie culturelle de la ville. Arrivée au Maroc en 1929, elle commence comme infirmière avant de se consacrer à l’étude de l’islam et au dialogue entre les religions. Installée à Marrakech en 1938 dans un riad de la médina, elle y mène pendant plus de cinquante ans un travail de recherche et de réflexion spirituelle. En 1967, elle publie une traduction française du Coran devenue l’une des plus diffusées dans le monde francophone. À sa mort, elle lègue sa maison qui devient aujourd’hui la Maison Denise Masson, un lieu culturel dédié aux échanges intellectuels et au dialogue entre les cultures.
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À travers ces huit parcours, c’est toute une autre histoire de Marrakech qui se dessine : celle de femmes qui ont influencé la politique, nourri la culture, inspiré la spiritualité ou contribué au rayonnement intellectuel de la ville. Souvent absentes des récits officiels, leurs trajectoires rappellent pourtant que l’histoire de la ville ocre s’est aussi écrite au féminin. Des palais almoravides aux ruelles de la médina, leur héritage continue d’habiter la mémoire de Marrakech.
