Denis Horvat, c’est l’une des figures internationales les plus réputées de la techno mélodique mondiale. Grâce à son style unique qu’il définit lui même comme de la « synthesizer techno », Denis Horvat incarne une techno profonde, sophistiquée et intensément immersive.
Né à Copenhague de parents croates, il découvre la musique à travers les vinyles des années 80 de son père, mais à l’âge de 10 ans, la découverte du groupe britannique The Prodigy a scellé sa passion définitive pour les musiques électroniques. Depuis, Denis Horvat s’est imposé grâce à des productions analogiques pointues, portées par des labels emblématiques comme Innervisions, Afterlife et Diynamic.
Entre mélodies hypnotiques, textures organiques et montées émotionnelles puissantes, ses sets racontent de véritables voyages sonores. Soutenu par des icônes telles qu’Âme, Dixon ou Maceo Plex, Denis Horvat fascine par sa capacité à transformer chaque performance en expérience magnétique et captivante.
Ses débuts, ses inspirations, son style… découvrez en intégralité l’interview exclusive de Denis Horvat !
Comment Marrakech influence-t-elle votre manière de construire un set par rapport aux autres scènes internationales ?
Denis Horvat : Marrakech possède une énergie très particulière : chaleureuse, imprévisible et profondément rythmique. Ici, j’ai tendance à créer davantage d’intensité et à prendre plus de temps dans les transitions. Je laisse plus d’espace dans le set, afin que le public puisse respirer et réagir. Il y a quelque chose d’hypnotique dans l’atmosphère, alors j’aime m’appuyer sur cela.
Comment trouvez-vous l’équilibre parfait entre émotion et puissance sur le dancefloor ?
D.H : Tout repose sur le contraste. L’émotion sans puissance peut sembler plate, et la puissance sans émotion ne dure pas. Je construis généralement mes sets progressivement, en superposant des mélodies et des textures, puis j’introduis des éléments plus entraînants lorsque le moment s’y prête. Il s’agit davantage de raconter une histoire que de rester enfermé dans des genres musicaux.
Comment des labels comme Afterlife et Innervisions ont-ils façonné votre identité artistique ?
D.H : Ils ont joué un rôle important à mes débuts. Ces deux labels valorisent la profondeur et l’individualité plutôt que les tendances, ce qui m’a donné la confiance nécessaire pour explorer mon propre univers sonore. Aujourd’hui, avec Vokabularium (son label), je peux exprimer pleinement cette vision, mais ces labels ont contribué à construire les fondations.
Lorsque vous préparez un set pour Marrakech, pensez-vous davantage en termes de storytelling ou d’instinct ?
D.H : C’est un mélange des deux. J’arrive avec une narration assez libre en tête, comme les chapitres d’une histoire, mais je reste flexible. Le public influence énormément le déroulé, donc je m’adapte en temps réel.
Et si le public ne réagit pas comme prévu ?
D.H : Il faut savoir écouter. Si quelque chose ne fonctionne pas, je m’adapte — non pas en abandonnant ma vision, mais en la traduisant différemment. C’est toujours un dialogue avec le public.
Qu’est-ce qui inspire la dimension cinématographique de vos productions ?
D.H : Beaucoup de choses viennent du cinéma, de l’architecture et de la nature. Des réalisateurs comme Denis Villeneuve et Christopher Nolan m’inspirent particulièrement dans leur manière de créer la tension et les atmosphères. Je suis aussi inspiré par le silence et l’espace — pas uniquement par le son.
Comment restez-vous fidèle à votre univers sonore tout en évoluant ?
D.H : En restant honnête avec moi-même. Les tendances vont et viennent, mais l’instinct demeure. Je passe beaucoup de temps à expérimenter en studio sans pression, ce qui me permet d’évoluer naturellement.
Pouvez-vous partager un moment où quelque chose s’est mal passé en live, mais a finalement rendu le set meilleur ?
D.H : Une fois, j’ai perdu une platine en plein set, ce qui m’a forcé à tout repenser. J’ai finalement joué des morceaux plus minimalistes et épurés, et l’énergie est devenue encore plus forte. Parfois, les imperfections rendent les choses plus humaines.
Quel regard portez-vous sur l’essor des scènes électroniques en Afrique, notamment au Maroc ?
D.H : C’est extrêmement stimulant. Il y a une fraîcheur et une authenticité qui ressortent immédiatement. Le Maroc possède une identité forte et je pense qu’il continuera à influencer la scène mondiale de manière significative.
Quel est le véritable sacrifice derrière ce mode de vie ?
D.H : Le temps. Le temps passé avec sa famille, avec soi-même. Les voyages constants sont exigeants et rester ancré demande beaucoup d’efforts. Les gens voient les moments forts, mais il se passe énormément de choses en coulisses.
Est ce qu’il vous arrive encore de douter avant de monter sur scène ?
D.H : Oui, toujours. Un peu de doute est sain : cela vous garde alerte et pleinement présent. Quand on cesse de le ressentir, c’est peut-être que c’est devenu trop confortable.
Comment décririez-vous un set de Denis Horvat en trois mots ?
D.H : Hypnotique, émotionnel, évolutif.
Et on confirme. votre dernière prestation à Origins Festival le 1er mai dernier nous a littéralement transporté et le public était en transe. On a hâte de vous revoir derrière les platines.
Merci Denis pour cet échange.
