Djamil Le Shlag, c’est l’une des voix les plus originales de l’humour francophone actuel. Irrévérencieux, impétueux, authentique et engagé, son style est incomparable.
De ses premières chroniques hilarantes, mais hilarantes sur Radio Nova, à son tout nouveau spectacle qu’on a hâte de découvrir ce jeudi 13 novembre au Meydene, en passant par ses sketchs au Jamel Comedy Club, ses chroniques sur France Inter ou encore le succès de son premier one man show Premier Round, Djamil ne laisse personne insensible. Son humour décapant, ses références mordantes et ses punchlines piquantes ont fait le tour de la toile.
On est parti à la rencontre d’un artiste bourré de talent, guidé par sa passion, son amour pour le Maroc et et le désir profond de raconter des histoires vraies, ancrées dans son vécu.
Interview avec Djamil Le Shlag :
My Little Kech : Salut Djamil, tout le monde est très excité à l’idée de te voir ce 13 novembre. Mais avant toute chose, d’où vient ce surnom de Djamil LE SHLAG ?
Djamil : c’était un surnom que j’avais quand j’étais jeune, qui signifiait celui qui est un peu tête en l’air, un peu à l’ouest, on va dire. Celui qui est un peu décalé. Mais bon, ça a d’autres significations suivant les régions.
MLK : En fait, la première fois qu’on t’a découvert, il y a 7 ou 8 ans sur Youtube, LE SHLAG était un peu aguicheur, le camé en quelques sorte, un peu péjoratif. Mais quand on a cliqué, on était mort de rire.
Djamil : Péjoratif, oui mais c’était fait exprès. C‘était pour attirer l’attention. Parce qu’au début, on ne sait pas trop quoi mettre comme nom. En fait, on n’a pas spécialement envie de mettre son nom de famille… Tu ne sais jamais comment ça peut évoluer
MLK : Est ce que c’était aussi par rapport à la famille, les enfants…?
Djamil : Même si je ne pensais pas à ça, mais aujourd’hui je me dis Alhamdoulilah, j’ai bien fait. Oui, les parents, les frères, ils ont rien demandé. Si jamais il y a quelqu’un qui ne t’aime pas… ils vont lasser la famille tranquille. C’est pour ça que moi, je dis qu’il faut toujours préserver les enfants.
« Mon père était maçon mais il a un lien avec le spectacle vivant parce que quand il avait six, sept ans, il faisait la Halka à Jemaa El Fna »
MLK : Tu reviens jouer à Marrakech plus de deux ans après. Qu’est-ce que ça te fait de revenir jouer à la maison, entre guillemets ?
Djamil : Pas entre guillemets (Rires). C’est la source, la base de la famille. Non, je suis hyper content parce que c’est un retour qui est évident étant originaire d’ici. Mon père était maçon mais il a un lien avec le spectacle vivant parce que quand il était petit, quand il avait six, sept ans, il faisait la Halka à Jemaa El Fna.
Quand il était petit, il y avait les militaires américains qui étaient là parce que mon père, il est né en 1934, donc, la Deuxième Guerre mondiale…. Et les militaires lui donnaient des chewing-gums. Mais quand j’ai commencé ce métier, il m’a dit : « Pour moi, ton métier, c’est un truc de meskin (Rires). Les gens qui galèrent, tu vois. C’est un truc de quand tu n’as pas de métier tu fais ça. » Donc pour moi, c’est marrant. En plus, là, j’espère qu’il pourra venir parce que mes parents sont installés à Marrakech.
MLK : Tu as fais plusieurs spectacles à Marrakech et au Maroc de façon générale. Est-ce que le public marocain réagit différemment de celui en France? Est-ce que tu adaptes ton humour selon le public ou la scène où tu joues ?
Djamil :Je n’adapte pas vraiment, ça reste plus ou moins le même spectacle. Mais, suivant les villes où je vais, quand c’est des villes que je connais bien, je fais des sketchs un peu dédiés à la ville. Quand c’est la ville où je suis né, par exemple, Vichy en Auvergne ou quand je joue à Marrakech, il y a plein d’histoires que je connais et je sais qu’il y a plein de types de blagues qui matchent bien avec l’humour – des références que tout le monde pourrait avoir – des références que tout le monde a ici. C’est vrai qu’en France, quand tu dis 2M, les gens ne calculent pas forcément à part vraiment les MRE et les gens qui connaissent. Ici, tu parles de 2M, c’est la chaîne nationale.
MLK : Quand tu montes sur scène ici, est-ce que tu te sens plus chez toi ou plus attendu au tournant ?
Djamil : Non, je me sens plus chez moi. Il n’y a aucune pression, parce que c’est évident en fait. Le public aussi est vraiment sympa. Au Maroc, de manière générale, à Marrakech et Casa, le public est content de te voir. Donc, forcément, dès que tu arrives et que tu vois que les gens sont contents, c’est magnifique.
« Une vieille dame s’est levée et a hurlé, « Jamais je ne dirai ça, jamais » Et elle est sortie »
MLK : Est-ce qu’il y a une blague que tu redoutes faire au Maroc ou au contraire, une blague qui cartonne encore plus ici, que tu fais aussi en France, mais ici, tu sens qu’elle passe beaucoup mieux ?
Djamil : Pas vraiment mais une seule fois sur des dizaines de représentations en France, lors de mon premier spectacle, pendant que je jouais, j’ai demandé au public, dans le ton de l’humour évidemment, de répéter avec moi en chœur, Allah Akbar. C’était vraiment pour dédiaboliser en quelque sorte cette phrase qui est malheureusement beaucoup trop associée à des choses négatives en France. Et bien une vieille dame s’est levée et a hurlé, « Jamais je ne dirai ça, jamais » Et elle est sortie. Toute la salle était morte de rire et il n’y avait pas que des maghrébins. Mais c’était à la fois étonnant et marrant !
Djamil : Mais pour ce nouveau spectacle, je te dirai ça après (Rires). Là, je ne sais pas encore, mais je n’ai pas de doute, en tout cas. Mais je suis curieux de voir la réaction, parce que ça parle quand même beaucoup du Maroc, du spectacle et de la parentalité en fait. Donc, sans spoiler du rapport à l’éducation, en France, au Maroc, les comparatifs. Bref, j’ai hâte de voir comment ça va être.
MLK : Nous aussi, on a hâte. Alors, depuis ton premier passage au Maroc et ce retour prévu le 13 novembre prochain, qu’est-ce qui a changé dans ton spectacle et dans ta façon de te livrer sur scène?
Djamil : Je dirais qu’on est quand même dans une continuité. Je n’ai pas l’impression d’avoir fait un changement radical. J’ai l’impression d’être toujours à peu près sur la même ligne qu’est la rigolade avant tout, le plaisir d’être sur scène, le plaisir de partager avec les gens tout en étant sincère, tout en étant cool. C’est dans la lignée du premier spectacle. J’ai l’impression en tout cas.
MLK : Est-ce qu’avec l’âge et la maturité, la folie des débuts n’a pas tendance à un petit peu s’atténuer ou pas du tout ?
Djamil : C’est une bonne question, ça. Ouais. Ouais, ouais, ouais. Mais je ne sais pas en vrai. C’est une question que je me suis posée l’autre jour. Je me suis dit, est-ce que par rapport à quand j’ai commencé il y a 10 ans, quand j’étais hyper dynamique… je n’en ai pas l’impression, pour l’instant en tous cas. Pour ce spectacle là, le 2ème spectacle, j’ai l’impression qu’on est sur le même ton je dirais… Bein vous me direz hein (Rires)
MLK : Il a dû y avoir une évolution aussi… tu n’étais pas encore marié, pas encore père de famille… il y a tout ça qui joue non ?
Djamil : Oui, oui , oui… Il y a d’autres sujets en effet. Ça parle beaucoup de la parentalité, de l’éducation, de ce qu’on laisse, l’héritage (je ne parle pas d’argent) … Même si j’ai essayé de faire en sorte de ne pas en parler de manière didactique quoi, ce n’est pas un exposé.
MLK : Par rapport à ton premier spectacle, où c’était le célibataire franco-marocain qui avait ce regard envers la France, le Maroc, les MRE…
Djamil : Envers aussi l’exode rural, le premier spectacle c’est aussi l’Auvergnien qui monte à la Capitale
MLK : Donc là, ça à mûri avec l’artiste ?
Djamil : Oui, là on est sur une autre partie de la life !
« Moi quand je viens, je vais dans les quartiers populaires, ça a plus de charme je trouve. Quand j’ai un pote qui vient et qui loue une villa de luxe, on est à Melrose Place »
MLk : En terme d’humoriste franco-marocain, tu as énormément de références purement marocaines et il y en a pas beaucoup qui en ont. Gad El Maleh, parce qu’il a grandi à Casa, il a donc naturellement les références, Moustapha El Atrassi et toi. Comment c’est possible ?
Djamil : Moi quand je viens, je vais dans les quartiers populaires, ça a plus de charme je trouve. J’aime pas trop aller dans les quartiers huppés, même si ça m’arrive d’y aller bien sur… Par exemple, quand j’ai un pote qui vient et qui loue une villa de luxe, on est à Melrose Place. Alors c’est bien, mais c’est pas le Marrakech que je préfère ! Moi je veux Chwa à coté, le moul zbel qui crie….Je suis aller une fois à l’hôtel à Marrakech et je me suis fait gronder par ma mère parce que je ne suis pas aller à la maison, je voulais faire l’expérience avec des potes et tout… ça n’a rien avoir. Autant aller à Barcelone !
MLK : Tu es franco-marocain, comment cette double culture influence ton humour et ton regard sur le monde ?
Djamil : De manière assez naturelle. Tu sais quand tu as cette double lecture, tu ne te poses jamais la question de qu’est ce qui prend le pas sur quoi ! C’est qu’en fait, ça influence ta vie parce que c’est ta vie qui est comme ça, depuis toujours.
MLK : Donc c’est juste une partie de toi qui ressort naturellement ?
Djamil : Oui oui c’est exactement ça ! Une partie de moi qui ressort naturellement. Je n’aurai pas mieux dit !
« Si tu me mets dans une autre ville en France… par exemple à Orange (ville un peu FN) je me sentirais mal »
MLK : Est-ce qu’il t’arrive de te sentir trop français pour les marocains ou trop marocains pour les français ? Et comment tu joues avec ça dans ton écriture ?
Djamil : Alors, je ne me sens jamais trop français pour les marocains. De ce que disent les marocains de mon entourage, ma famille, les gens avec qui je passais mes étés et tout. Dès que j’arrivais, ils me disaient “Attention, tu es marocain. N’oublie jamais.” Parce que souvent on a un discours, nous les franco-marocain, on n’est pas vraiment chez nous là, ni là…Moi je me sens Hamdoullah très bien partout. Enfin pas partout, ça dépend des villes… Mais par exemple, Paris, la région parisienne, Marseille, je me sens bien… Mais si tu me mets dans une autre ville en France… par exemple à Orange (ville un peu FN) je me sentirais mal. Mais ici, je suis toujours très content. Même quand j’arrive à la douane et qu’on me demande ma carte nationale marocaine, je suis content de la montrer. Et tu ressens toujours un truc ici, où on veut te faire comprendre que tu es ici chez toi, même si tu es né là-bas. Tu es un marocain !
MLK : Tes parents, ta famille… ont-ils déjà assisté à tes spectacles ? Si oui, quelle a été leurs réactions ? Ont-ils validé ou ils ne préfèrent pas trop interférer ?
Djamil : Alors à la base, ils ne veulent pas trop interférer. Mais il n’y a que ma mère qui est venu une fois me voir à Clermont-Ferrand, près de la ville où j’habitais. C’était incroyable, pendant tout le spectacle dès que je la croisais du regard, elle me faisait des signes, genre c’est la Kermesse, je suis en primaire. Pour elle c’est pareil. Elle était trop contente, en plus le spectacle était autour de plein de trucs liés à elle, donc du coup elle sort du spectacle, elle me dit : « Tout le monde voulait me parler, je leur disais ne me parlez pas (Rires) ». C’était marrant. Mon père pas encore, j’espère qu’il pourra venir In cha allah. Et sinon, mes frères et sœurs sont tous venus, ils sont contents.
MLK : Ton spectacle s’appelle Exode(s) ! Que penses-tu des étrangers et MRE qui sont de plus en plus nombreux à venir s’installer à Marrakech ?
Djamil : Comment ne pas être attiré par le Maroc. C’est impossible ! Quand tu vois les atouts du pays, c’est normal que tout le monde ait envie de venir. Que tu me dises des français, des norvégiens, des suisses… Alors les MRE encore plus parce qu’ils ont un lien direct avec le pays et surtout, pour eux ,c’est le pays des vacances. Moi même je me suis déjà posé la question. Je sais que je vais revenir un jour, mais je ne sais pas quand. C’est la question que se posent tous les MRE ! Si un jour on rentre, est-ce que ça sera pour l’enterrement ? pour la retraite ? pour une vie à Marrakech ? Mais le retour ici est inévitable. Surtout quand tu vois la situation en France, même pas politique mais surtout en terme d’ambiance. L’ambiance a vraiment changé par rapport au pays de quand j’étais jeune. Je suis de France 98, j’avais 15 ans. C’était incroyable ! Les gens se mélangeaient, ils se parlaient, il n’y avait pas la suspicion qu’il y aujourd’hui.
MLK : C’est quoi la chose typiquement marocaine que tu fais en tournée, une sorte de rituel typiquement marocain ?
Djamil : Il y a un truc que je fais souvent, je demande en loges des dates et du thé…
MLK : Si tu devais résumer ton spectacle en 3 mots, pour donner envie aux marrakchis de venir, lesquels choisirais tu ?
« Marrant, drôle, hilarant »
Djamil : Marrant ; drôle ; hilarant… pour bien résumer le truc.
MLK : Si tu devais improviser une vanne sur Marrakech/Maroc, maintenant, à chaud…
Le 1er truc qui me viendrait à l’esprit, ce serait un truc lié à la quantité de nourriture. C’est ça moi qui me tue ! Si tu restes chez toi, tu peux ne pas t’arrêter de manger de 8h du matin jusqu’à 8h du soir, il n’y a aucune interruption (Rires).
